Utilisez le déplacement de la souris sur l'image ci-dessous pour découvrir la fourmi
identique à ce que l'on distingue avec une loupe à main sous un premier rayon de soleil...
Note : l'animation ne fonctionne malheureusement pas avec tous les navigateurs.


Voici à quoi peut correspondre la découverte d'un insecte piégé
sans sa résine fossile lorsqu'on le regarde pour la première fois
avec une loupe au grossissement x10... Bien évidemment, après
l'examen visuel, il faut réaliser la macrophotographie et
expliquer, lorsque cela reste possible, l'histoire antique
qui a finalement amené l'insecte
vivant au piège végétal...


Et, d'ailleurs, pourquoi la fourmi est-elle blanche ?
Fourmi "blanche" est-ce le nom d'un termite ?
Non, ici c'est bien une fourmi.
Quel est donc ce mystère
du linceul blanc
de la fourmi ?






Grâce à l'ambre lumière sur
l'origine paléontologique
des Fourmis (*)






      Les 11 000 espèces actuelles de fourmis constituent assurément le groupe animal le plus vaste représenté sur terre en nombre d'individus. Si le nombre d'espèce est somme toute assez raisonnable (environ 2% de l'entomofaune), la biomasse des fourmis est vraiment hallucinante ! On estime que le poids cumulé de toutes les fourmis vivantes actuelles représente le poids de l'humanité, (c'est-à-dire le poids de tous les hommes ayant vécut sur terre). Devant pareille présence ubiquiste, presque effrayante on se demande si les fourmis auraient subsisté si elles étaient uniquement prédatrices comme à leur origine. Evidemment l'évolution a modifié les choses, (heureusement pour l'homme) et, cette notion d'évolution nous ramène à l'origine des fourmis, et, nécessairement à la pierre d'ambre... Où quand et comment est né le groupe des fourmis ?



Pour ceux qui étudient les insectes, la prépondérance des fourmis actuelles ne fait aucun doute, mais, au cours
des époques géologiques, évidemment, il n'en a pas toujours été ainsi. Et, à l'exemple de cette fourmi de l'ambre
(Ambre d'Houdancourt, Sparnacien, l'Éocène inférieur, 54 - 56 M.A.) aux longues mandibules (spécimen
jamais référencé !) certains groupes dénichés dans la pierre de résine permettent d'appréhender la
réussite écologique du groupe animal le plus vaste représenté sur Terre.


Pour obtenir des documents originaux contactez l'auteur
à l'adresse: eric.ambre.jaune@hotmail.fr



      Les récents travaux de 2005 sur l'analyse génomique des fourmis contemporaines ont permis de dégager une phylogénie intéressante qui s'accorde enfin avec les morphologies des fossiles. La collecte récente de quelques fossiles d'ambre du Crétacé (141 - 65 M.A.) et surtout le bestiaire conséquent et très riche du Paléogène (65 - 23 M.A. correspondant au tertiaire inférieur : Oligocène, Eocène, Paléocène) a permis de compléter l'arbre phylogénique par une datation indépendante des évènements.



      La vie progresse à partir d'un précédent (également vivant) sur lequel s'opère une sélection des potentialités chimiques (ADN et gènes), potentialités chimiques qui orientent d'éventuelles transformations morphologiques, dans ce groupe qui peut comporter des castes. Le déroulement historique et phénotypique des fourmis n'est alors pas simple. Ainsi, des fourmis parmi les plus archaïques "morphologiquement" ne sont pas forcément les plus anciennes géologiquement et inversement ! Au grand dam des scientifiques qui voyaient une évolution aux morphologies graduelles, certains ont poussé la théorie jusqu'à inventer des indices numérique pour qualifier le degré d'évolution d'un spécimen. Ignorant, sans doute les faits du vivant et l'appréciation de l'anatomie particulière des fourmis, Dlussky a imaginé des ratios numériques pour rapprocher les morphologies des fossiles. Le "savant" inventeur a proposé la mesure des organes ancestraux pour donner une valeur d'index aux spécimens. Il a recommandé de mesurer la forme des pétioles des fourmis (index IK1) pour caractériser la proximité des spécimens. Dlussky a alors proposé Haidomyrmex Dlussky 1996, comme une sous famille possible des Sphecomyrminae. Bon, ok pour le nom, mais rien d'étonnant à ce que les valeurs d'index réalisées sur ces fourmis birmanes soient critiquées par d'autres chercheurs : Grimaldi et al., 1997.

      Le simple n'est pas forcément ancestral, le simple peut être, à l'inverse, l'essentiel que l'évolution conserve par le jeu de la sélection naturelle. Le très simple serait alors le degré ultime de qui est très évolué ? Ne simplifions pas trop, trop vite. Chez les fourmis toutes les séries semblent pouvoir progresser selon des modèles spécifiques ; les séries peuvent progresser par radiations, par paliers, par progressions parallèles et/ou par rapprochements. Cependant, la phylogénie des fourmis est, en grande majorité sur le type d'un cône global à diversification croissante. Et, tout semble enfin rentrer dans l'ordre dans des évènements que l'on peut enfin dater.



      Les évènements de l'arbre évolutif des fourmis comportent une radiation initiale au milieu du Crétacé (- 100 millions d'années) contemporaine de la prolifération des Angiospermes. La plus vieille fourmi connue a ce jour été trouvée dans de l'ambre français d'Archingeay-les-Nouillers (Charente-Maritime). Si la découverte de Gerontoformica cretacica est somme toute assez logique (et prévisible Eric G. 1998, 2000 et 2002) compte tenu du potentiel énorme des si nombreux gisements français du Crétacé, ce qui est plus surprenant, ce sont l'extraordinaire diversité et la spécialisation des fourmis à cette époque si ancienne ! On peut supposer que ces Gerontoformica françaises, munies de longues pattes et outillées de mandibules si allongées, puissent avoir mené une vie de prédation. Le déficit de fossiles du Crétacé inférieur dans les gîtes d'Angleterre, de Sibérie et d'Espagne, ne permet cependant pas pour l'instant d'affirmer le lieu de l'apparition de ces fourmis. A ce jour, la rareté des découvertes des fourmis de cette époque ne permet pas de certifier l'asile et l'origine précise où auraient eu lieu les premières radiations de ces insectes, même si l'on évoque souvent la Laurasie. Sans doute, la lignée des fourmis n'est-elle pas apparue sur le continent antique du Gondwana, et, la prochaine découverte fondamentale serait alors d'identifier finalement une fourmi dans l'ambre du Liban (daté de 130 M.A.) ce qui ne semble pouvoir jamais être le cas.



      Le Paléogène, (époque géologique située entre 65 - 23 M.A.) a vu se développer la dominance écologique des fourmis parallèlement à celle des angiospermes des forêts tropicales. Les fossiles de l'ambre montrent enfin une fréquence de piégeage plus importante des fourmis. L'examen des syninclusions fossiles et les descriptions morphologiques prouvent qu'il y a eu des changements dans le régime alimentaire de ces insectes (ubiquistes ?) leur permettant d'étendre encore leurs domaines à d'autres niches écologique et mêmes aux biotopes les plus étranges notamment ceux des environnements les plus secs.



      A ce jour, deux groupes initiaux ont été identifiés avec les Sphecomyrminées (représenté par des spécimens fossiles des gisements du New jersey) et les ancêtres des Formicinées actuelles (avec évidemment le registre plus anciens des fossiles français).



      Découverte en 1966 dans l'ambre du New Jersey, 92 M.A., Sphecomyrma freyi (la première fourmi proposée comme sérieux progénote, l'ancêtre du groupe) montrait une morphologie intermédiaire qui reliait incontestablement les fourmis aux guêpes. On en a conclu que le spécimen était la fourmi ancestrale... Position sûre, et ce, d'autant que le fossile était le seul à provenir d'un ambre ancien, les autres n'étant âgées que de 50 M.A. grand maximum. La morphologie archaïque de la fourmi en faisait la représentante unique des fourmis primitives, mais, les découvertes récentes de fourmis françaises très anciennes (aux morphologies portant moderne) infirme cette théorie du progénote américain. Les Sphecomyrma américaines qui combinaient des caractères de fourmis et de guêpes ont effectivement été trouvées dans toute la Laurasie. Certes. Mais, rares à cette époque (en nombre d'individus dans les biotopes) elles apparaissaient en inclusions de l'ambre, et, problème: sans qu'on connaisse la raison, elles ont disparu du registre des espèces il y a environ 10 - 20 millions d'années.

      Assez tôt au cours de leur histoire, les Sphecomyrma ont subi une radiation biotique et morphologique qui a offert divers embranchements dont des intermédiaires sphecomyrmines-ponerines.
Précision d'un confrère espagnol: "Les myrmeciinées (à ne pas confondre avec les Myrmicines actuelles) qui en dérivent, constituent les survivants originels de la première radiation, (citons par exemple Nothomyrmecia macrops, la fourmi bulldog actuelle australienne et Myrmecia une fourmi inhabituel de Nouvelle Calédonie)".




      Dans les années 1900 - 1910, le chercheur, William Morton Wheeler, était le premier spécialiste incontesté des insectes sociaux. Et, la plupart des fourmis de l'ambre connues à l'époque furent étudiés, soit 10.000 spécimens environs. Toutes les fourmis provenaient en grande partie de l'Institut Géologique de Königsberg et de la collection privée du professeur Richard Klebs. Le matériel était originaire de l'est de la Baltique, soit 45 millions d'années, et cataloguait parfaitement l'expansion et la diversification rapide des insectes... Le registre des 10.000 fourmis prouve aujourd'hui évidemment encore la diversification rapide des fourmis au milieu de l'Eocène, (une rapidité en nombre d'individus qui se répandent dans tous les biotopes, et, également une rapidité du développement du nombre des espèces). Ainsi, les Myrmicines, Formicines et Dolichodérines, prolifèrent en compagnie des ponerines. On découvre dans les fossiles de l'ambre effectivement des ponerines et des myrmicines "primitives". On s'accorde pour dire que les fourmis ponérines actuelles ont conservé leurs caractères primitifs, de même, on bâtit le complexe des formicoïdes qui rayonne rapidement (répartition ubiquiste dans le monde entier), avec de vraies fourmis formicines ou des "hybrides", mélanges d'aneuretines et de dolichoderines. Aneuretus simoni vit par exemple au Sri-Lanka.




      Dès le milieu de l'Eocène, les trois sous-familles de la faune actuelle, Myrmicinées, Dolichodérinées et Formicinées sont établies. Et, il faut aussi noter que l'écrin de miel montre que des Ponérines ont conservé dans le temps nombre de caractères morphologiques primitifs et également comportementaux comme la chasse individuelle des arthropodes ce qui suggère une indépendance sans doute relative de l'odeur communautaire de la colonie et des congénères rencontrés par hasard pendant les chasses. Avec le poids des anciennes théories et des indices inventés, on s'étonne que les "caractères" primitifs puissent permettre un succès évolutif étonnant. La tradition des vielles idées est tenace, et, plusieurs myrmécologues suggèrent (pour ne pas dire certifient) une adaptation à de nombreuses niches écologiques relativement étroites; c'est à dire une notion de "restriction" en quelque sorte...




      Non, soyons plus ouvert et clairvoyant.

      Je (=Eric G.) pense strictement l'inverse. Il n'y a pas restriction. Non, le potentiel : "ouvert à TOUT" est là dès l'origine, pour TOUT le MONDE. Les fourmis peuvent TOUTES s'installer PARTOUT. Et, si certaines choisissent une niche écologique particulière, qui semble restrictive, la vie souterraine, par exemple, c'est sans doute le fait d'une potentialité génétique (en développement), qui peut d'ailleurs -sans doute déjà à cette époque éloignée- permuter à souhait si le besoin s'en fait sentir. C'est ainsi peut-être que les premières associations entre espèces différentes s'inventent, (ce sont des fourmis qui ne se font pas la guerre mais s'entraident). Il faut évidement discuter des syninclusions (fourmis synchrones dans les mêmes fossiles d'ambre) et des niches écologiques des espèces en prenant garde de ne pas oublier que la fenêtre d'observation par l'ambre raccourcit considérablement les notions d'évolution spatiales ! Evolutions sur le plan de la latitude, sur le plan du climat, et, également sur la nature des forêts selon les arbres présents qui constituent les canopées tropicales. Il faut aussi et SURTOUT garder à l'esprit que l'étude de l'évolution des morphologies anatomiques des fourmis fossiles de l'ambre semble assez indépendante (ou difficilement corrélable) à l'émergence des comportements sociaux. Certaines fourmis actuelles, comme les Nothomyrmecia aux comportements sociaux "fossiles", bien que très mobilisatrices pour quelques hypothèses théoriques intéressantes, n'offrent pas le type tangible à partir duquel les fourmis auraient progressé -par expressions morphologiques et comportementales- L'annotation d'une particularité anatomique sur une morphologie fossile ne constitue pas la preuve irréfutable d'un comportement antique (dont la référence d'étude est celle des espèces actuelles, éloignées de plusieurs dizaines de millions d'années, Eric G 1998). Les morphologies ne peuvent pas, aussi simplement, être "corrélées" aux comportements, et inversement ! Petite digression: prenons, par exemple, les cas des Linsangs actuels d'Afrique et d'Asie, le premier animal est apparenté aux genettes et le second est apparenté aux félins ! Ces animaux ont pourtant des morphologies si proches qu'ils ont toujours été classés dans le même groupe. Les deux types, (aux comportements différents), ont convergé vers une même apparence créant même un paradoxe étrange et inexplicable ! (La morphologie n'est alors pas corrélée aux comportements).



      Un coup de pied dans la fourmilière ambrée pour réviser la phylogénie des fourmis !

      Résultat de la découverte remarquable d'un géologue éthiopien, un bestiaire crétacé conservé dans l'ambre jaune vient bouleverser la phylogénie des fourmis. Là où certains paléo myrmécologues voyaient (et espéraient) des évolutions transitoires et graduelles des fourmis, une découverte vient invalider cette conception. Tandis que l'ambre insectifère crétacé est assez commun dans l'hémisphère nord, les dépôts d'ambres crétacés sont rares sur l'ancien supercontinent du Sud, le Gondwana. L'ambre jaune éthiopien révèle des fourmis ancestrales dont les morphologies sont identiques à Martialis heureka, relativisant alors totalement les "archéo types" imaginés des progénotes. Les fourmis les plus anciennes ne sont définitivement pas les plus archaïques morphologiquement comme le dogme l'imposait. La fourmi gondwanienne d'Éthiopie aux allures sveltes évoluées est cependant plus jeune de 5 - 10 M.A. que celle française des Charente-Maritime...




Martialis heureka, retrouvée dans
l'ambre Crétacé d'Ethiopie.



      C'est un constat fait à partir des entomofaunes de l'ambre, les fourmis -issues du groupe des guêpes- sont donc apparues au cours du Crétacé, il y a 100 millions d'années. A ce jour, la référence fossile la plus ancienne est encore Gerontoformica cretacica dans l'ambre de l'Albien supérieur (-112 millions d'années à -99 millions d'années) originaire de Charente-Maritime. A coté de cette référence française, la découverte de Martialis heureka (de la sous-famille des Martialinae) dans l'ambre crétacé d'Ethiopie vient troubler l'idée assez consensuelle que l'on avait de la phylogénie des fourmis. Il est déconcertant de découvrir, si tôt dans l'origine du groupe, des phénotypes très spécialisés de fourmis souterraines dont on remarquera que les représentants actuels sont dépigmentés et aveugles.
Les guêpes ont trouvé le potentiel de devenir fourmis en recherchant la solution souterraine. Si des lignées sont restées aveugles, d'autres ont recouvré la vue pour développer une multitude de configurations particulièrement bien adaptées aux différents biotopes rencontrés.

      Pour terminer, on notera que la phylogénie des fourmi est surtout incertaine tant les sites crétacé sont peu étudiés ou pas encore connus. On rappellera que les études des fourmis de l'ambre se limitent trop souvent aux spécimens montés en lames minces, (ambres découpés qui perdent alors une foule considérable de renseignements précieux que l'opérateur a sacrifié ou négligé). Ne maîtrisant pas complètement la technique de macrophotographie traditionnelle des inclusions dans les ambres opaques (alors que les solutions simples existes) les chercheur s'orientent vers les techniques de pointe des imageries scanner en 3D. Ne perdons pas les objectifs finaux. La fourmi et l'ambre sont inséparables, et peuvent encore révéler de belles surprises sans obligatoirement utiliser du matériel coûteux. L'histoire est trop belle pour se terminer là, et, je poursuivrais la phylogénie des fourmis au prochain épisode (avec une nouvelle inclusion), avec sans doute de beaux fossiles de l'ambre.
Dossier non finalisé, affaire à suivre...



Complément de lecture et question ici






(*) Pour éviter le piratage et que ce texte soit aspiré dans des sites peu scrupuleux, (et ils existent) plusieurs erreurs
volontaires (importantes) on été intentionnellement dissimulées dans la rédaction. Le repérage de ces
erreurs permettra alors de suivre les pirates... Les personnes qui souhaiteraient la rédaction
(vierge d'erreur) pourront l'obtenir à l'adresse: eric.ambre.jaune@hotmail.fr




Les ambres crétacés








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